Interview avec

Patricia Cornwell,

au sujet de son roman de

L'instinct du mal

Q : Vous êtes réputée pour vos recherches méticuleuses pour vérifier tout ce dont vous parlez. Quel genre d’accès à ses forces vous a accordé le département de police ?

R : Disons que tout ce que vous lisez dans L’instinct du mal - que la scène se passe à la morgue, au CCTR, dans les bureaux du procureur général de l’État de New York, ou dans les champs de déminage de Rodman’s Neck – est une fidèle description de ce que j’ai vu. J’ai passé énormément de temps à visiter leurs installations, à me faire expliquer en détail leur procédures et leurs équipements. Toutes les informations que j’ai recueillies ont ensuite été tissées dans mon histoire.

Q : Explorez-vous de nouvelles technologies dans ce roman ?

R : Les nouvelles technologies de l’informatique, bien sûr. Nous vivons dans un cybermonde, ce qui inclut des crimes commis d’une façon qui semble impossible à contrer. Ainsi que le dit un des personnages dans mon dernier roman, « Plus personne n’est responsable de rien. » Les malfaiteurs ont rejoint l’anonymat. Scarpetta doit donc maintenant avoir recours à toutes les techniques habituelles de son domaine, mais elle doit aussi apprendre à traquer des criminels qui ne laissent aucune trace tangible, sauf pour celui qui sait comment remonter jusqu’à eux via Internet et grâce à de nouveaux outils très innovants et performants.

Q : Dans L’instinct du mal, Pete Marino évoque le Centre de Criminologie en Temps Réel (CCTR) du département de police de New York, situé à One Police Plaza. De quoi s’agit-il au juste et ce centre existe-t-il vraiment ?

R : Le CCTR existe tout à fait et je l’ai visité à plusieurs reprises, alors que je faisais des recherches pour le roman. Il s’agit d’un extraordinaire outil pour remonter, en temps réel, jusqu’à un criminel par le biais de gigantesques banques de données. Il vous faudra lire le roman pour en apprendre toutes les nuances. C’est beaucoup trop complexe pour être expliqué en quelques mots. Cela étant, le département de police de New York possède un système informatique dont je pense qu’il doit faire l’envie de la planète.

Q : L’instinct du mal aborde le problème de la méconnaissance qu’a le public des sciences médico-légales, conséquence de la façon dont elles sont présentées par l’industrie du spectacle. Pourriez-vous nous donner des exemples précis ? 

R : Le plus gros problème, c’est que le public croit ce qu’il voit dans des séries comme « Les experts », au lieu de simplement se distraire des histoires racontées. Rien de ce que vous lisez dans mes romans ne s’apparente à de la science-fiction. Tout est du domaine du possible. Par exemple, lorsque je décris le TVC, cette chambre de confinement destinée aux objets potentiellement explosifs, sur le camion de déminage du département de police de New York, c’est exactement ce que l’on m’a montré. Lorsque je décris leur garage « Two Truck » et même leur mascotte, le boxer Mac, j’y suis allée et j’ai fait la connaissance du chien !

Q : Un autre des personnages du roman soulève le problème de la perception de l’ADN par le public et les politiciens. Quelles sont les idées fausses qui circulent à ce sujet ?

R : Le recours à l’ADN dépend de l’affaire et des circonstances. Ce n’est pas la panacée, ni même la référence absolue. C’est plus facile pour les gens de penser que l’ADN est la seule preuve nécessaire pour élucider un meurtre. C’est totalement faux et il s’agit d’une supposition très dangereuse. Je m’arrête en détail sur ce point dans L’instinct du mal.

Q : Vous faites aussi référence au nouveau système informatique ING, Identification de Nouvelle Génération, du FBI qui a coûté un milliard de dollars, et est toujours en cours de développement. Il devrait, en autres choses, permettre au Bureau d’étendre sa banque de données recensant les empreintes digitales et d’y inclure de nouvelles caractéristiques comme les empreintes palmaires, la reconnaissance d’iris, l’imagerie faciale. D’aucuns ont émis des critiques sérieuses contre cette évolution vers la biométrie. Ils soulignent la possibilité que les citoyens deviennent victimes de vols d’identité biométriques. Le bénéfice d’un tel élargissement de la banque de données biométriques est-il supérieur à ses dangers ? 

A : Être dans l’incapacité de traquer des criminels, dans un monde où l’anonymat devient de plus en plus imperméable, est sans doute un danger encore plus préoccupant. Je suis très en faveur des nouvelles technologies informatiques. Cependant, le gouvernement est cruellement à la traîne en ce qui concerne les moyens d’encadrer ces avancées et de punir ceux qui les utiliseraient pour commettre des crimes (cyber-harcèlement, menaces ou vol d’identité, etc.). Espérons que la législation rattrapera la technologie et je pense que nous y parviendrons, de sorte à ce que les citoyens respectueux des lois soient protégés et que les méchants soient arrêtés.